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Maillon héritage : Du fond de la douleur vers le sommet des casques

Dans une période de profonde tristesse et de désespoir, Brad Spence s’est retrouvé en train de pleurer dans sa voiture stationnée à un hôpital d’enfants de l’Alberta. Il était envahi par l’accablement et la tragédie du cancer infantile, et la façon dont celui-ci éteignait lentement la vie de sa nouvelle amie de 17 ans, Gillian O’Blenes.

Quelques mois plus tôt, en 2013, une amie – une infirmière de l’hôpital d’enfants de l’Alberta – avait demandé à Brad s’il accepterait de rendre visite à Gillian, qui recevait un traitement contre l’ostéosarcome, pour lui raconter comment il avait surmonté les difficultés pour finir par concourir aux Jeux olympiques en ski alpin.

(Brad avait subi une blessure catastrophique au genou juste avant les Jeux de 2006, à 20 ans. Cette blessure l’avait gardé sur le banc pendant plus de deux ans, mais il était revenu au plus haut niveau, en dépit des médecins qui lui disaient qu’il ne pourrait plus jamais skier. Il a finalement participé à deux Jeux olympiques.)

Brad a accepté de rendre visite à Gillian, une danseuse en devenir, mais il était craintif au début. « Je ne pouvais pas comparer », se souvient-il. « J’avais eu quelques contretemps, mais en fin de compte j’étais revenu au ski. » Cependant, il avait le sentiment qu’il pourrait peut-être faire une différence.

L’idée initiale était que Brad conterait son histoire et apporterait ainsi un peu d’espoir à Gillian, mais leur rencontre a rapidement évolué bien au-delà de ce point, alors qu’il réalisait l’influence qu’elle avait sur lui. « J’ai été époustouflé par l’histoire de cette jeune fille », raconte Brad. « Elle était tellement positive. Elle m’a donné énormément d’inspiration. »

Un lien puissant s’est forgé. Au fil du temps, Brad a remarqué que Gillian était une passionnée d’art, mais qu’elle était timide et renfermée. « C’était un mécanisme de gestion des difficultés pour elle, une distraction positive », se souvient-il. « Mais elle ne voyait pas le talent qu’elle avait. » Un jour, elle finit par montrer à Brad son travail, soit un journal intime visuel, et celui-ci le toucha profondément.

C’est alors que Brad prit conscience de l’énormité de la situation, et qu’il s’effondra sous son poids. « Je suis resté une minute à penser : "pourquoi?" », confie Brad. « J’avais subi des épreuves, mais je pouvais toujours diriger le cours ma vie et réaliser mon rêve d’enfance. » La réalité était difficile à supporter.

C’est à ce moment, tandis qu’il était assis dans sa voiture et que les larmes coulaient sur son visage, qu’une idée prit naissance. Cette idée allait mener Brad et Gillian, ainsi que d’innombrables autres athlètes, artistes et enfants, dans une incroyable aventure à travers l’art, le sport et la force de l’esprit.

À cette époque, Brad devait aller à Sotchi, il se préparait pour ses deuxièmes Jeux olympiques. « Je songeai qu’avec le talent artistique de Gillian, elle voudrait peut-être peindre mon casque pour Sotchi », explique Brad. Il lui a apporté un casque rouge ennuyeux et lui a dit : « Je veux que tu fasses partie du voyage. » Gilles a accepté avec plaisir et le projet a pris son envol.

Le dévoilement du casque a été un moment unique pour Brad, il affirme qu’il ne l’oubliera jamais. Il fut grandiose et théâtral, avec un drapeau canadien masquant le casque transformé par Gillian, qui était alors très malade, en une splendide œuvre d’art.

Ce sentiment de but élevé, l’aventure partagée, ont complètement changé l’expérience olympique de Brad. Gillian était avec lui sur la ligne de départ, et il s’agissait de beaucoup plus qu’une simple course. « Lors des Jeux, les résultats ne comptaient plus. Je n’ai pas obtenu de médaille, mais ce n’était pas important. Je savais que j’avais fait une grande différence. »

Gillian O’Blenes est décédée à la fin de 2014, sa jeune vie fauchée par une terrible maladie. La perte fut dévastatrice et Brad peine à trouver les mots pour exprimer ce que son amitié signifiait pour lui. Mais il est sans équivoque au sujet de l’héritage qu’elle lui a laissé. « Elle m’a inspiré à faire tant de choses différentes », s’émerveille-t-il. « Elle a pavé la voie du programme Helmets for Heroes. »

L’expérience a poussé Brad, qui a pris sa retraite en 2014 et a poursuivi des études de commerce, en profondeur dans le monde de l’entrepreneuriat, avec une vision élargie de ce que l’initiative Helmets for Heroes pouvait devenir. « J’ai vu la puissance des récits personnels », affirme Brad. Il a songé : « Peut-être que l’on peut faire quelque chose avec ça. »

Plusieurs projets sont nés de la croissance du programme Helmets for Heroes, dans lequel un athlète, un artiste et un enfant qui affronte des épreuves se réunissent pour créer une œuvre d’art sur le casque de l’athlète. C’est le cas pour le lugeur Sam Edney, qui a remporté sa première coupe du monde en 2014 en portant un casque qu’il avait créé avec l’artiste local Kelsey Fraser et l’adolescent de 19 ans Richard Flamenco, qui souffre d’épidermolyse bulleuse.

Mais Brad avait une vision plus large et récemment l’organisation s’est encore élargie pour devenir la fondation Creative Impact, qui garde le programme Helmet for Heroes sous son aile. « Qu’est-ce qui nous empêche de peindre un kayak ou de créer un costume de patinage artistique? », s’est-il demandé. « Nous ne voulions pas nous limiter aux sports avec des casques, et voulions aussi attirer l’attention sur les commotions cérébrales et sur la prévention des traumatismes crâniens. »

Avec son conseil d’administration composé de bénévoles et sa constitution récente, cette nouvelle organisation en est encore à ses débuts, mais sa vision demeure claire. « Nous voulons garder ces initiatives très locales et pleines de sens », souligne Brad. Il s’agit de la connexion, des effets et de l’humanité qui sont partagés entre l’athlète, l’artiste et l’enfant.

Tandis que Brad repense à sa carrière sportive, à son aventure dans Helmets for Heroes et aux défis et qu’il a dû surmonter, il affiche des facettes d’humilité, de gratitude et sagesse qui ont été fortement façonnées par son expérience personnelle – face à la blessure, avec Gillian, dans la compréhension que la vie est ce que vous en faites.

Un « Monsieur qui dit oui » autoproclamé, Brad, qui travaille dans les ventes au sein de la société informatique Benevity, sait que même s’il n’a pas réalisé son rêve d’occuper le sommet du podium olympique, son héritage s’étend bien au-delà de ses jours sur les pentes et remonte à cette première visite fatidique auprès de Gillian.

Pourtant, Brad est modeste et sans prétention au sujet de son apport et est demeuré fidèle à sa vision fondatrice. « Nous avons appris beaucoup de choses en cours de route », remarque-t-il. « Nous voulions garder rester petits, commencer quelque chose et espérer pour le meilleur. »

Institut canadien du sport de calgary: @csicalgary
Rédigé par Kristina Groves: @kngrover
Photo gracieuseté de: Brad Spence
23/05/18

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